Pasargadès

Et les mânes de Cyrus le Grand
La capitale dynastique des Achéménides
En janvier ~330, Alexandre le Grand, qui venait d’écraser définitivement les forces de Darius III et de s’emparer de Suse, arrivait à Pasargades. Mais alors qu’il venait de livrer Persépolis aux flammes au cours d’une nuit d’orgie, c’est avec beaucoup de respect qu’il pénétra dans Pasargades, la première capitale dynastique des Achéménides. De la même manière qu’il avait réussi à se poser, en Egypte, comme le pharaon légitime, il rêvait de s’ériger l’héritier des rois des rois et se devait donc de présenter ses hommages aux mânes du plus prestigieux d’entre eux, fondateur de la puissance perse : Cyrus le Grand.

Cyrus II le Grand
Né en ~559, fils de Cambyse Ier, petit roi du domaine perse d’Anshan, Cyrus – Kûrash en persan – réussit, en une foudroyante offensive, à vaincre et soumettre son suzerain, le roi mède Astyage, qui était aussi son propre grand-père. Héritant d’un empire qui s’étendait du plateau iranien à l’Halys, Cyrus s’attaqua victorieusement au royaume chancelant de Babylone et à la puissante Lydie de Crésus, conquit l’Anatolie, la Palestine et, à l’est, étendit son empire au-delà de la Bactriane et de la Sogdiane… Mais, pour la première fois dans l’Histoire, ce souverain sut doter un empire d’une réelle administration lui assurant la pérennité. Gouvernant avec tolérance et s’appuyant sur les élites locales, il sut se rallier les peuples conquis. La Perse comptait alors trois capitales – Suse, l’antique, Ecbatane, foyer des Mèdes, et la prestigieuse Babylone –, mais aucune au cœur de la patrie originelle du clan achéménide, le Fars. Cyrus décida alors de fonder Pasar Gadae, le « camp des Perses » qui allait aussi devenir le lieu d’intronisation des souverains achéménides, dans le temple de la déesse Anahita.

Pasargadès
Pasargadès est une ville ouverte, agrémentée de jardins irrigués et parsemée de temples et de palais : l’absence d’enceinte fortifiée autour de la cité témoigne de la puissance et de la stabilité du jeune empire. Après la conquête d’Alexandre, le site fut abandonné et, aujourd’hui, vaste plaine parsemée de vestiges épars, il faut se laisser prendre par le charme du lieu et faire preuve d’imagination pour voir ce que devait être la splendeur du palais de Cyrus. Celui-ci était formé de plusieurs pavillons dans un jardin soigneusement aménagé, aux tonnelles ombragées et parcouru de ruisselets d’eau bruissante, premier exemple de ce que les Perses appelèrent un paradis. Le cœur en était une grande salle hypostyle aux colonnes de pierre blanche reposant sur une base à tore – style qui sera ensuite qualifié d’achéménide – et surmontées de chapiteaux de pierre noire. Le visiteur s’arrêtera particulièrement devant les vestiges de son entrée principale, ornée d’un personnage revêtu d’une tunique égyptienne, portant une couronne composite et doté de quatre ailes, version achéménide du génie-gardien que l’on trouvait souvent représenté sur les encadrements de portes des palais assyriens et, peut-être, prototype de la figuration des archanges… Un second palais, parfois attribué à Darius, a livré des inscriptions trilingues – vieux perse, élamite et babylonien – qualifiant Cyrus de « Grand Roi ». Un peu plus loin subsiste la façade de ce qui devait être un temple du Feu, rappelant la prépondérance du zoroastrisme dans les premiers temps de la dynastie achéménide. Dominant le site, une colline est couronnée d’un imposant édifice, aux soubassements soigneusement faits de pierres taillées et assemblées en anathyrose, mais complété par une massive muraille de briques crues, dont la destination reste mystérieuse : palais inachevé, trésor ou forteresse ?

Le tombeau de Cyrus
Mort en ~530, vaincu par les Massagètes, dans les steppes d’Asie centrale, Cyrus fut inhumé dans un tombeau d’une émouvante simplicité, réalisé en calcaire doré, en forme de maison couverte d’un toit à double rampant reposant sur une crepidoma à six gradins. Aucune décoration ne l’orne et il ne porte aucune inscription bien qu’Aristobulle, compagnon d’Alexandre, affirma y avoir lu : « Passant, je suis Cyrus le Grand. J’ai donné aux Perses l’empire du monde et régné sur l’Asie, alors ne jalouse pas ma tombe »… Ouvert par Alexandre, qui y trouva sarcophage en or et nombreux bijoux et ornements sertis de pierres précieuses, il fut pillé peu après par le satrape Orxines qui fut exécuté par Alexandre au retour de sa campagne des Indes. Lors de l’invasion musulmane, le tombeau de Cyrus fut épargné, car les compagnons du Prophète crurent y voir le tombeau de la mère de Salomon…

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